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L’avenir de l’apprentissage des langues et de l’IA générative : le point de vue d’ELAM après 32 ans d’existence

Après plus de 32 ans d’expérience dans la formation linguistique en entreprise et pour les professionnels, ELAM a vu apparaître puis disparaître de nombreuses technologies présentées comme « révolutionnaires ». Certaines se sont éteintes discrètement, d’autres ont réellement transformé la manière dont les individus apprennent. Des premières ressources numériques aux programmes actuels entièrement en ligne et spécialisés par secteur, la technologie a progressivement remodelé la formation linguistique professionnelle. L’IA générative donne à nouveau une impression différente. Non pas parce qu’elle remplace un enseignement de qualité, mais parce qu’elle modifie ce qui est possible et la façon dont nous devons penser l’apprentissage.

Il est indéniable que l’IA générative offre de formidables opportunités. La personnalisation est sans doute l’évolution la plus marquante. Pour la première fois, l’apprentissage peut s’adapter instantanément et individuellement, à grande échelle. Les débutants bénéficient d’outils comme Duolingo, qui ajustent le niveau de difficulté en temps réel et les aident à rester motivés plutôt que de se sentir dépassés. Les apprenants plus avancés se tournent vers des assistants d’écriture et des agents conversationnels pour obtenir un retour immédiat. Comme le souligne la Dre Elsa Petit : « Pour les apprenants avancés, des assistants d’écriture comme Grammarly et des agents conversationnels tels que ChatGPT fournissent des retours sur le ton et la cohérence. Ces outils peuvent accélérer les progrès, mais les nuances culturelles et les expressions idiomatiques nécessitent toujours un jugement humain » (Almusharraf & Khlaif, 2024). Dans les contextes professionnels, où la crédibilité repose souvent sur le ton, la précision et la sensibilité culturelle, ce jugement ne peut être automatisé.

Nous constatons également l’impact de l’IA sur l’engagement et la confiance en soi. Dans nos programmes, les jeux de rôle, simulations et mises en situation soutenus par l’IA offrent aux apprenants un espace pour essayer, ajuster et recommencer — sans la pression souvent associée à l’utilisation d’une langue étrangère au travail. ”Cela rejoint des recherches plus larges montrant que les pratiques basées sur l’IA peuvent réduire l’anxiété et encourager la créativité en proposant des occasions d’entraînement à faible enjeu pour l’expression orale et écrite” (Zhang et al., 2024). En y ajoutant des activités ludiques ainsi qu’un mélange de vidéos, de transcriptions et de supports visuels, l’apprentissage devient plus flexible et plus inclusif pour des profils et des besoins variés.

Cependant, le tableau n’est pas entièrement simple. Les biais et la sensibilité culturelle restent de réelles préoccupations. Les outils d’IA peinent encore avec le langage idiomatique et peuvent produire des contenus qui paraissent plats, imprécis ou culturellement limités. Bien utilisées, ces limites deviennent des opportunités pédagogiques. Mal utilisées, elles fragilisent l’apprentissage. C’est pourquoi la conception des tâches est essentielle. ”L’apprentissage des langues doit se concentrer moins sur des productions « parfaites » et davantage sur le processus, la réflexion et l’esprit critique”(Koh & Doroudi, 2023). Chez ELAM, cela signifie demander aux apprenants non seulement ce qu’ils ont écrit, mais aussi pourquoi ils l’ont écrit — et comment ils pourraient l’améliorer.

Les discussions éthiques et politiques renforcent cette approche. Un consensus croissant émerge autour de l’idée que la maîtrise de l’IA générative est désormais indispensable. Harvard Business School souligne l’importance d’un usage responsable et de la compréhension des limites. HEPI et Zenodo appellent à une réforme des programmes. L’UNESCO continue de défendre une pédagogie centrée sur l’humain. Tous convergent vers la même conclusion : l’IA doit soutenir l’apprentissage, et non remplacer le jugement ou l’expertise.

Cette évolution modifie également le rôle du formateur. Les professionnels des langues doivent aujourd’hui posséder une solide culture numérique et une bonne compréhension de l’IA — non pour suivre les modes, mais pour accompagner les apprenants de manière critique et confiante. Notre sommet ELAM Connect en est le meilleur témoignage. Utilisée avec discernement, l’IA permet des cours plus riches, des retours plus ciblés et une exploration culturelle plus approfondie. Sans cet accompagnement, elle risque d’encourager un apprentissage superficiel ou une dépendance silencieuse.

Après trois décennies de pratique, la position d’ELAM est claire. L’IA générative est un ajout puissant à l’apprentissage des langues, mais elle n’en est pas le cœur. La communication réelle, la compréhension culturelle et la pensée critique restent profondément humaines. L’IA peut accélérer les choses. Ce sont les éducateurs expérimentés qui veillent à ce que l’apprentissage conserve tout son sens.

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